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	<title>Le site de l'association Frontenac-Am&#233;riques</title>
	<link>http://www.frontenac-ameriques.org/</link>
	<description>L'association Frontenac-Am&#233;riques a pour objectif la promotion de la francophonie et de l'histoire de l'Am&#233;rique fran&#231;aise. Adobe Acrobat XI Pro Community
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		<title>25. L'imaginaire de la nature dans la litt&#233;rature des Premi&#232;res Nations du Qu&#233;bec : entre tradition et &#233;volution</title>
		<link>https://frontenac-ameriques.org/litterature-et-cinema/article/l-imaginaire-de-la-nature-dans-la</link>
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		<dc:date>2024-05-11T15:30:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Angela Buono</dc:creator>



		<description>L'acte de naissance de la litt&#233;rature de langue fran&#231;aise des Premi&#232;res Nations du Qu&#233;bec peut &#234;tre situ&#233; au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix du si&#232;cle dernier et, au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies, cette autre facette de la francophonie canadienne est en train d'exp&#233;rimenter une effervescence sans pr&#233;c&#233;dent, gr&#226;ce aussi &#224; l'int&#233;r&#234;t de maisons d'&#233;dition comme M&#233;moire d'encrier, qui promeuvent et soutiennent la production litt&#233;raire des auteurs autochtones du Qu&#233;bec. Je vais chercher &#224; tracer rapidement (...)

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&lt;a href="https://frontenac-ameriques.org/litterature-et-cinema/" rel="directory"&gt;5. Litt&#233;rature et cin&#233;ma&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src='https://frontenac-ameriques.org/local/cache-vignettes/L107xH150/arton83-d3d80.png' width='107' height='150' style='height:150px;width:107px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_921 spip_documents spip_documents_right' style='float:right; width:387px;'&gt;
&lt;img src='https://frontenac-ameriques.org/local/cache-vignettes/L387xH625/Histoire_amerindienne-8bf8c.png' width='387' height='625' alt=&quot;&quot; style='height:625px;width:387px;' /&gt;&lt;/span&gt;
L'acte de naissance de la litt&#233;rature de langue fran&#231;aise des Premi&#232;res Nations du Qu&#233;bec peut &#234;tre situ&#233; au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix du si&#232;cle dernier et, au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies, cette autre facette de la francophonie canadienne est en train d'exp&#233;rimenter une effervescence sans pr&#233;c&#233;dent, gr&#226;ce aussi &#224; l'int&#233;r&#234;t de maisons d'&#233;dition comme M&#233;moire d'encrier, qui promeuvent et soutiennent la production litt&#233;raire des auteurs autochtones du Qu&#233;bec.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je vais chercher &#224; tracer rapidement l'&#233;volution de cette jeune litt&#233;rature, en proposant des r&#233;flexions sur l'un des st&#233;r&#233;otypes qui colle depuis toujours aux peuples autochtones, leur proximit&#233; avec l'&#233;tat de nature &#8211; ce qui justifiait l'appellation de Sauvages, sans intention p&#233;jorative d'ailleurs, qu'on leur donnait au d&#233;but de la colonisation fran&#231;aise au dix-septi&#232;me et dix-huiti&#232;me si&#232;cles, une identification bas&#233;e sur l'opposition entre nature et culture, bien nourrie, depuis Rousseau, de fondements philosophiques et scientifiques divers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la premi&#232;re partie de cet expos&#233;, je vais pr&#233;senter la th&#233;orie d'apr&#232;s laquelle pour les Am&#233;rindiens la nature est culture, et dans la seconde partie je vais proposer une lecture de l'&#233;volution de l'imaginaire de la nature chez des &#233;crivains et &#233;crivaines autochtones appartenant &#224; des g&#233;n&#233;rations diff&#233;rentes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'historien Georges E. Sioui, de la nation huron-wendat, dans son essai &lt;i&gt;Pour une histoire am&#233;rindienne de l'Am&#233;rique&lt;/i&gt; publi&#233; en 1999, introduit la notion d'&#171; autohistoire (1) &#187; pour d&#233;placer &#224; l'int&#233;rieur de la perspective am&#233;rindienne le point de vue sur l'histoire des Am&#233;rindiens, qui jusque-l&#224; n'avait &#233;t&#233; racont&#233;e que par les Blancs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Afin de bien faire comprendre leur &#233;volution historique et culturelle, Sioui se r&#233;clame de la vision am&#233;rindienne du Cercle sacr&#233; de la vie et de l'univers, fond&#233;e sur le rapport &#224; la Terre et sur l'observation des aspects cycliques et circulaires de la r&#233;alit&#233; naturelle : &#171; la r&#233;alit&#233; du Cercle sacr&#233; de la vie, dans lequel tous les &#234;tres, mat&#233;riels et immat&#233;riels, sont &#233;gaux et interd&#233;pendants &#187; (Sioui 14).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette vision l'am&#232;ne &#224; tenir des propos qui peuvent para&#238;tre &#233;tonnants aux oreilles d'un Blanc occidental. Cet essai fondateur de l'historiographie am&#233;rindienne au Qu&#233;bec, tout en s'appuyant sur de solides bases philosophiques et scientifiques, pose des affirmations qui d'embl&#233;e ne sauraient &#234;tre d&#233;finies autrement que carr&#233;ment irr&#233;alistes ou, &#224; la rigueur, utopiques. Face &#224; la catastrophe d&#233;mographique, &#224; la d&#233;possession de leurs territoires et au bouleversement de leurs modes de vie qui ont affect&#233; les Am&#233;rindiens depuis le contact avec les Blancs, la premi&#232;re des pr&#233;misses de l'approche m&#233;thodologique adopt&#233;e par Sioui pourrait bien laisser de prime abord perplexe :&lt;/p&gt; &lt;table class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt;[&#8230;] en d&#233;pit du mode d'appropriation du territoire par les Europ&#233;ens, les valeurs culturelles de l'Am&#233;rindien ont davantage influenc&#233; la formation du caract&#232;re de l'Euro-Am&#233;ricain que les valeurs de ce dernier n'ont modifi&#233; le code culturel de l'Am&#233;rindien, puisque ce dernier n'a pas quitt&#233; son milieu naturel (Sioui 31).&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Il cite les mots r&#233;v&#233;lateurs d'un sage et ancien chef de la nation innue : &#171; Quant &#224; la persistance de la culture am&#233;rindienne, Rapha&#235;l affirme que &#8220;l'Indien continuera toujours de s'identifier comme Indien. [&#8230;] En un mot, tant que l'Indien sera en (sic) Canada, il restera Indien : &#231;a ne changera pas&#8221; &#187; (Sioui 45).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il pose donc sa certitude de &lt;i&gt;la persistance des valeurs am&#233;rindiennes&lt;/i&gt; (36) et de &lt;i&gt;la vigueur de la conscience am&#233;rindienne&lt;/i&gt; (43) sur le lien ininterrompu que les Am&#233;rindiens entretiennent depuis toujours avec leurs territoires et leur environnement naturel. La philosophie du Cercle permet d'&#233;claircir la valeur essentielle de ces affirmations qui semblent pencher du c&#244;t&#233; de l'utopie et de d&#233;jouer, par la m&#234;me occasion, certains clich&#233;s qui renvoient une image fauss&#233;e des Am&#233;rindiens et de leurs civilisations. Sous la plume de Sioui, la th&#233;orie scientifique de l'&#233;volution se tourne en &lt;i&gt;mythe de l'&#233;volution &lt;/i&gt; (2), dont d&#233;coule &lt;i&gt;le mythe de la disparition de l'autochtone&lt;/i&gt; (2) :&lt;/p&gt; &lt;table class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt;Cet an&#233;antissement serait la cons&#233;quence logique et normale du choc qui se produit entre une civilisation tr&#232;s &#8220;avanc&#233;e&#8221; et une autre &#8211; en particulier celle des autochtones du Nouveau Monde &#8211; tr&#232;s &#8220;retard&#233;e&#8221;. [&#8230;] C'est le Cercle sacr&#233; de la vie qui s'oppose &#224; la conception &#233;volutionniste du monde selon laquelle les &#234;tres sont in&#233;gaux, souvent m&#233;connus, constamment bouscul&#233;s et remplac&#233;s par d'autres qui semblent adapt&#233;s &#224; l'&#8220;&#233;volution&#8221; (Sioui 2-3).&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'oppos&#233; de la conception euro-am&#233;ricaine du temps et de l'&#233;volution proc&#233;dant en ligne droite, la vision du Cercle propose une id&#233;e alternative du progr&#232;s des civilisations, qui &#233;pouse le mouvement des cycles naturels, et se veut le fondement philosophique de la confiance des Am&#233;rindiens dans la persistance de leurs cultures, malgr&#233; la d&#233;cimation de la population autochtone et les changements bouleversants qui les ont affect&#233;s au cours des si&#232;cles :&lt;/p&gt; &lt;table class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt;La grande majorit&#233; des nations am&#233;rindiennes entretiennent la croyance ferme que le progr&#232;s, tel que l'entendent les civilisations dominantes, qui fait de l'homme un seigneur d&#233;conscientis&#233; de la cr&#233;ation, aura un jour une fin et que l'Am&#233;rindien aura alors la responsabilit&#233; de retransmettre aux autres peuples de la terre un mode social bas&#233; sur la compr&#233;hension du Cercle (Sioui 41).&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Ces propos de Sioui, qui devaient para&#238;tre utopiques &#224; l'&#233;poque de l'&#233;criture et de la publication de son essai, 35 ans apr&#232;s s'av&#232;rent proph&#233;tiques de la nouvelle conscience &#233;cologique de plus en plus r&#233;pandue parmi les jeunes g&#233;n&#233;rations :&lt;/p&gt; &lt;table class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt;Nous sommes probablement le people le plus uni au monde. Nous poss&#233;dons l'unit&#233; spirituelle, car nous comprenons tous la signification du Cercle. Et ce qui accro&#238;t davantage notre espoir est que de nombreux &#8220;non-autochtones&#8221; nous rejoignent chaque jour dans notre croyance au Cercle. Par cons&#233;quent nos effectifs ne sont pas en train de s'amoindrir, comme plusieurs le pensent encore, mais bien en train de s'amplifier. Et &#231;a c'est notre secret. (Sioui X)&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;L'imaginaire am&#233;rindien de la nature demeure donc la preuve &#171; [&#8230;] que la grandeur am&#233;rindienne n'est pas qu'un vestige du pass&#233; : l'avenir permettra aux autochtones de jouer un r&#244;le tr&#232;s important en fournissant &#224; l'Am&#233;rique du Nord et au reste du monde un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; viable &#187; (Trigger xi).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La repr&#233;sentation de la nature et de l'imaginaire naturel demeure donc l'aspect culturel fondamental de la litt&#233;rature des Premi&#232;res Nations du Qu&#233;bec depuis les &#233;crits de Bernard Assiniwi, l'&#233;crivain qu&#233;b&#233;cois de souche algonquine et crie, consid&#233;r&#233; comme le pionnier de la litt&#233;rature am&#233;rindienne de langue fran&#231;aise. Son roman historique La saga des B&#233;othuks, qu'il a &#233;crit &#224; la suite de longues recherches sur l'&#238;le de Terre-Neuve o&#249; la nation b&#233;othuke demeura jusqu'&#224; sa compl&#232;te extinction en 1829, refl&#232;te la vision am&#233;rindienne du Cercle sacr&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La &lt;i&gt;Saga&lt;/i&gt; prend l'essor de l'exploration initiatique qu'Anin, le fondateur mythique de la nation des B&#233;othuks, entreprend pour d&#233;couvrir &#171; si cette terre &#233;tait ronde, si c'&#233;tait une &#238;le ou si ce n'&#233;tait qu'une longue bande de terre qui s'avance dans la mer &#187; (Assiniwi 46). La connaissance du territoire, la conception du Cercle &#224; la base de la r&#233;alit&#233; environnante, la valeur de la transmission de la m&#233;moire culturelle sont autant de fondements de la civilisation am&#233;rindienne destin&#233;s &#224; devenir des topo&#239; de la litt&#233;rature autochtone :&lt;/p&gt; &lt;table class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt;Si l'a&#239;eul avait raison, la terre faite par le castor et &#224; l'image de sa maison ne pouvait &#234;tre que ronde. Le m&#226;le ayant fait sa cabane au-dessus et la femelle au-dessous et &#224; l'envers, la terre avait grossi entre les deux cabanes. Depuis lors le monde est rond, soutenu par les souffles du vent dans l'immensit&#233; des esprits. En suivant les contours de la terre ferme, il &#233;tait &#233;vident pour Anin qu'on revenait &#224; la m&#234;me place (Assiniwi 13).&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;L'attention au territoire et au milieu naturel dans &lt;i&gt;La saga des B&#233;othuks&lt;/i&gt; se manifeste surtout par la r&#233;f&#233;rence constante &#224; l'espace g&#233;ographique, par la carte de l'&#238;le de Terre-Neuve plac&#233;e au d&#233;but de chacune des trois parties composant le roman, par l'attention aux changements des toponymes refl&#233;tant l'appropriation progressive de territoires des B&#233;othuks par les Europ&#233;ens. Le roman d'Assiniwi se place donc sous le signe de la perte &#8211; du territoire, du peuple, de la culture, du langage &#8211; mais ce n'est que d'apr&#232;s le point de vue des Blancs, puisque la perspective des B&#233;othuks demeure ancr&#233;e dans la certitude de l'&#233;ternit&#233; des valeurs am&#233;rindiennes dont parle Sioui :&lt;/p&gt; &lt;table class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt;Il faut [&#8230;] toujours avoir les oreilles propres pour entendre et les yeux ouverts pour voir et comprendre. Voil&#224; le secret de l'existence des B&#233;othuks. C'est pourquoi [&#8230;] les B&#233;othuks vivraient toujours, m&#234;me quand mourrait le dernier. Ils continueraient de vivre en d'autres. Dans d'autres m&#233;moires. Dans d'autres apprentissages. [&#8230;] les B&#233;othuks &#233;taient &#233;ternels. Ils &#233;taient la vie. [...] Les B&#233;othuks &#233;taient &#8220;les vrais hommes&#8221;. Les vrais hommes ont toujours des choses &#224; apprendre. Ils sont &#233;ternels par leur besoin de savoir, de conna&#238;tre, de donner &#187; (Assiniwi 281)&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Dans la litt&#233;rature am&#233;rindienne, la c&#233;l&#233;bration du pass&#233; et la confiance dans l'avenir ne rel&#232;vent donc pas d'une attitude utopique, dans le sens courant ou litt&#233;raire du mot, mais elles ressortissent au &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt;, dans son sens &#233;tymologique de lieu physique, et dans sa valeur litt&#233;raire de motif r&#233;current. Cette &#171; &#233;cologie &#187; particuli&#232;re de l'histoire et de l'&#233;criture am&#233;rindienne se fait d'autant plus &#233;vidente dans les textes de l'extr&#234;me contemporain dont les auteurs deviennent de plus en plus conscients du r&#244;le qu'ils sont appel&#233;s &#224; jouer en tant que porte-parole d'instances culturelles. Le nouveau rapport au territoire, entra&#238;n&#233; par le passage du nomadisme &#224; la s&#233;dentarisation, a &#233;videmment impliqu&#233; une red&#233;finition identitaire :&lt;/p&gt; &lt;table class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt;Aujourd'hui [&#8230;] sans doute &#224; cause de leur d&#233;possession territoriale, cette identification s'est orient&#233;e de fa&#231;on exacerb&#233;e vers les r&#233;serves. Les Am&#233;rindiens semblent devoir appartenir d'abord &#224; une r&#233;serve d&#233;termin&#233;e et ensuite &#224; un territoire. [&#8230;] La r&#233;serve est devenue aujourd'hui, pour plusieurs Am&#233;rindiens, le lieu d'affirmation identitaire o&#249; se conserve la culture originelle, non contamin&#233;e. D'autres, plus nombreux, affirment pourtant que ce lieu n'est pas la r&#233;serve, mais la for&#234;t &#187; (Gatti 2006 : 119-120).&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Dans le roman &lt;i&gt;Kuessipan&lt;/i&gt; de la jeune &#233;crivaine innue Naomi Fontaine, ce nouveau rapport au territoire est bien illustr&#233; et il semble conjuguer les deux attitudes. La repr&#233;sentation de la vie dans la r&#233;serve de Uashat, sur la c&#244;te nord du fleuve Saint-Laurent, ne n&#233;glige pas l'identification d&#233;taill&#233;e des lieux jusqu'&#224; la succession des noms des rues : &#171; Les maisons, elles, se cordent et s'imitent. Un minuscule village appel&#233; r&#233;serve. Des rues. Pashin. De Queen. Gr&#233;goire. Arnaud. Kamin. Il y a du sable sur le devant des maisons. Sur l'asphalte des rues &#187; (Fontaine 34). D'ailleurs, le territoire ancestral, le Nutshimit, demeure le lieu de l'identit&#233; v&#233;ritable et originaire, malgr&#233; l'extinction des anciennes coutumes nomades et les nouveaux modes d'appropriation du territoire :&lt;/p&gt; &lt;table class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt;Nutshimit, c'est l'int&#233;rieur des terres, celles de mes anc&#234;tres. Chaque famille conna&#238;t ses terres. Les lacs servent de route. Les rivi&#232;res indiquent le nord. Si on s'aventure trop loin, par manque de jugement, il y a toujours le chemin de fer pour retrouver sa voie.&lt;br&gt;
Nutshimit, un rituel pour les chasseurs de caribous. Un air pur dont les vieux ne peuvent pas se passer. Depuis qu'ils ont perdu la vigueur de leurs jambes, ils y vont pour respirer.&lt;br&gt;
Nutshimit, un terrain inconnu, mais non hostile pour celui qui y cherche le repos de l'esprit. Autrefois, ces for&#234;ts &#233;taient habit&#233;es par des hommes, des femmes qui prenaient de leurs mains ce que la Terre leur offrait. Ils n'y sont plus, mais ils ont laiss&#233; sur les rochers, l'eau des chutes et le vert des &#233;pinettes, leur empreinte, leur regard.&lt;br&gt;
Nutshimit, pour l'homme confus, c'est la paix. Cette paix int&#233;rieure qu'il recherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment (Fontaine 65).&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Dans les textes po&#233;tiques de Jos&#233;phine Bacon, Rita Mestokosho, Natasha Kanap&#233; Fontaine, pour ne citer que trois &#233;crivaines, repr&#233;sentant trois g&#233;n&#233;rations diff&#233;rentes, parmi les auteurs qui occupent aujourd'hui le devant de la sc&#232;ne litt&#233;raire am&#233;rindienne au Qu&#233;bec, le territoire est porteur de signes, de significations, de langage et il se place donc &#224; l'origine de l'&#233;criture litt&#233;raire :&lt;/p&gt; &lt;table class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt;Les arbres ont parl&#233; avant les hommes.&lt;br&gt;
Tshissinuatshitakana, les b&#226;tons &#224; message, servaient de points de rep&#232;re &#224; mes grands-parents dans le nutshimit, &#224; l'int&#233;rieur des terres. Les Innus laissaient ces messages visuels sur leur chemin pour informer les autres nomades de leur situation. [&#8230;] &#192; travers eux, la parole &#233;tait toujours en voyage (Bacon 7).&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me superposition de l'&#233;criture au territoire et au caract&#232;re identitaire nomade est convoqu&#233;e par Rita Mestokosho :&lt;/p&gt; &lt;table class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt;Mon peuple &#233;crivait en marchant&lt;br&gt;
Mon peuple &#233;crivait sur la ligne de la m&#233;moire&lt;br&gt;
De cette fa&#231;on son bagage &#233;tait moins lourd&lt;br&gt;
Car il avait une immense biblioth&#232;que avec lui&lt;br&gt;
Des millions de livres,&lt;br&gt;
&#201;parpill&#233;s sur le territoire innu&lt;br&gt;
Des encyclop&#233;dies de rivi&#232;res&lt;br&gt;
Des dictionnaires de montagnes&lt;br&gt;
Des g&#233;ographies de for&#234;ts&lt;br&gt;
Chaque ligne qu'il &#233;crivait&lt;br&gt;
&#201;tait pour garder sa m&#233;moire &#233;veill&#233;e&lt;br&gt;
Son esprit vif et son c&#339;ur l&#233;ger (Mestokosho 54)&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de nombreux auteurs autochtones, la litt&#233;rature se voit donc convoqu&#233;e pour donner sens &#224; l'histoire individuelle et collective, renouveler les formes culturelles et imaginer un avenir qui soit en continuit&#233; avec le pass&#233; et cela &#224; partir du territoire et de l'environnement naturel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La po&#232;te-slameuse Natasha Kanap&#233; Fontaine, appartenant &#224; la jeune g&#233;n&#233;ration de po&#232;tes innues, parvient &#224; conjuguer dans son recueil de po&#232;mes &lt;i&gt;Manifeste Assi&lt;/i&gt; &#8211; &#171; Assi en innu veut dire Terre &#187; (5) &#8211; l'appartenance au territoire, la p&#233;rennit&#233; de la tradition, et le renouvellement de la forme po&#233;tique qui se veut un chant d'amour pour la Terre au m&#234;me temps qu'un manifeste militant pour la cause am&#233;rindienne et une d&#233;claration d'identit&#233; individuelle et collective :&lt;/p&gt; &lt;table class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;Assi&lt;/i&gt; en innu veut dire Terre.&lt;br&gt;
Au d&#233;part, il n'y a qu'elle. Son ventre et son royaume. Sa cosmogonie du r&#232;gne animal et v&#233;g&#233;tal. Les arbres, les eaux, les loups et les hordes de caribous. Puis il y a le peuple. Les Innus.&lt;br&gt;
Il y a moi. Forte d'un nouvel &#233;veil. [&#8230;]&lt;br&gt;
Les esprits, eux, dansent. Ils dansent sur le pays.&lt;br&gt;
Je re&#231;ois leurs visions. Dites-moi, aujourd'hui, qui croit aux proph&#233;ties ?&lt;br&gt;
Je viens de cette lign&#233;e. De la lign&#233;e des chasseurs et des braves. Je suis la fille de ceux qui marchaient dans les r&#234;ves. La petite-fille des shamans et des gu&#233;risseurs. La s&#339;ur de ceux qui parlent aux anc&#234;tres. [&#8230;]&lt;br&gt;
Alors, puisque je suis ici &#224; embrasser le sol de ma terre, &lt;i&gt;Assi&lt;/i&gt;, je lib&#233;rerai ses chants de femme. (Kanap&#233; Fontaine 6-7)&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Par ce bref survol, quoique trop rapide et incomplet, de la litt&#233;rature am&#233;rindienne au Qu&#233;bec, j'esp&#232;re en avoir mis en &#233;vidence les signes de sa maturation progressive. Aujourd'hui c'est par l'&#233;volution de la valeur du lieu dans les textes qu'on peut mesurer l'&#233;volution de cette litt&#233;rature : le territoire n'est pas que l'objet de l'&#233;criture en tant que lieu physique, mais aussi bien le sujet de l'&#233;nonciation g&#233;n&#233;rateur de formes et styles nouveaux en tant que topos litt&#233;raire marquant d&#233;sormais plusieurs g&#233;n&#233;rations d'&#233;crivains. Ses significations ne pr&#234;tent plus &#224; confusion sur la place qu'il occupe dans le contexte litt&#233;raire, m&#234;me si un classement des genres fond&#233; sur des assises issues de sources autochtones reste encore &#224; d&#233;finir. Il est &#233;vident que le territoire, en tant que lieu physique et symbolique, lieu de la Terre et de l'imaginaire, est appel&#233; &#224; jouer un r&#244;le majeur m&#234;me dans un discours critique fond&#233; sur des assises am&#233;rindiennes :&lt;/p&gt; &lt;table class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;tr class='row_even'&gt;
&lt;td&gt;Pour un d&#233;veloppement positif de l'histoire et des sciences en g&#233;n&#233;ral (humaines et autres), l'&#233;cologie doit devenir la m&#232;re commune de toutes les sciences et l'histoire, comme toutes les sciences sociales, doit consid&#233;rer la dimension &#233;cologique comme fondamentale. Le but universel doit &#234;tre le bien-&#234;tre &#233;cologique commun. (Sioui 134-135).&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Et pour nos d&#233;bats de la plus stricte actualit&#233;, il semble bien que les Premi&#232;res Nations ont bien des choses &#224; nous apprendre !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Angela Buono&lt;br&gt;
Universit&#233; de Naples &#171; L'Orientale &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(1) Cette notion apparaissait d&#232;s le titre de la premi&#232;re &#233;dition de l'essai de Georges E. Sioui, &lt;i&gt;Pour une autohistoire am&#233;rindienne : Essai sur les fondements d'une morale sociale&lt;/i&gt;, Qu&#233;bec, Les Presses de l'Universit&#233; Laval, 1989.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; Assiniwi, Bernard, &lt;i&gt;La Saga des B&#233;othuks&lt;/i&gt;, Montr&#233;al / Arles, Lem&#233;ac / Actes Sud, 1996.&lt;br&gt;
Bacon, Jos&#233;phine, &lt;i&gt;B&#226;tons &#224; message / Tshissinuatshitakana&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, M&#233;moire d'encrier, 2009.&lt;br&gt;
Fontaine, Naomi, &lt;i&gt;Kuessipan. &#192; toi, Montr&#233;al&lt;/i&gt;, M&#233;moire d'encrier, 2011.&lt;br&gt;
Gatti, Maurizio, &lt;i&gt;&#202;tre auteur autochtone au Qu&#233;bec aujourd'hui&lt;/i&gt;, in Robert Viau (&#233;d.), &lt;i&gt;La cr&#233;ation litt&#233;raire dans le contexte de l'exigu&#239;t&#233;&lt;/i&gt;, Saint-Nicolas (Qu&#233;bec), Publications MNH, 2000, p. 183-194.&lt;br&gt;
Gatti, Maurizio, &lt;i&gt;&#202;tre &#233;crivain am&#233;rindien au Qu&#233;bec. Indianit&#233; et cr&#233;ation litt&#233;raire&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, &#201;ditions Hurtubise HMH, 2006.&lt;br&gt;
Gatti, Maurizio, &#171; La Saga de Bernard Assiniwi, ou comment faire revivre les B&#233;othuks &#187;, &lt;i&gt;International Journal of Canadian Studies / Revue internationale d'&#233;tudes canadiennes&lt;/i&gt;, 41 (2010), p. 279-296.&lt;br&gt;
Kanap&#233; Fontaine, Natasha, &lt;i&gt;Manifeste Assi&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, M&#233;moire d'encrier, 2014.&lt;br&gt;
Mestokosho, Rita, &lt;i&gt;Eshi Uapataman Nukum. Come sento la vita, nonna&lt;/i&gt;, &#233;d. de Claudia Gasparini et de Naila Clerici, Rome, D&#233;l&#233;gation du Qu&#233;bec, s.d.&lt;br&gt;
Payment, Claire, &lt;i&gt;Perles de sagesse am&#233;rindienne&lt;/i&gt;, Montr&#233;al / Paris, Mediaspaul, 2010.&lt;br&gt;
Sioui, Georges E., &lt;i&gt;Pour une histoire am&#233;rindienne de l'Am&#233;rique&lt;/i&gt;, Qu&#233;bec / Paris, Les Presses de l'Universit&#233; Laval / L'Harmattan, 1999.&lt;br&gt;
St-Amand, Isabelle, &#171; Discours critiques pour l'&#233;tude de la litt&#233;rature autochtone dans l'espace francophone du Qu&#233;bec &#187;, &lt;i&gt;Studies in Canadian Literature / &#201;tudes en litt&#233;rature canadienne&lt;/i&gt;, 35, 2 (2010), p. 30-52.&lt;br&gt;
Trigger, Bruce G., &lt;i&gt;Pr&#233;face&lt;/i&gt;, in Georges E. Sioui, &lt;i&gt;Pour une histoire am&#233;rindienne de l'Am&#233;rique&lt;/i&gt;, Qu&#233;bec / Paris, Les Presses de l'Universit&#233; Laval / L'Harmattan, 1999, p. xi-xviii.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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